Sylvie BUISSON
LÉONARD FOUJITA (1886-1968), SA VIE, SON OEUVRE
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Août 1930, Foujita quittant la villa du Square Montsouris avec son épouse Youki, le poète Robert Desnos et son neveu Tomonobu Ashihara pour le voyage qu’ils ont organisé ensemble en Bourgogne. Photographie d’archives privées conservées dans les archives de Youki et de Henry Espinouze, sa succession.
L’expert et historienne d’art Sylvie Buisson préside l’Union Française des Experts en objets d’art à Paris, depuis 2018.

commissaire d’exposition, constats d’état des œuvres chez Chenue avant leur départ à Japon, 2025.
Cela fait 40 ans qu’elle se consacre au soutien de la notoriété du plus japonais des artistes modernes français, Léonard-Tsuguharu Foujita au moyen de publications, de commissariats d’expositions et de conférences publiques à travers le monde. Elle partage ses connaissances avec les étudiants, les historiens et les journalistes sur ce sujet. Et avec ses confrères, bien entendu, afin de gérer et de bloquer l’afflux de contrefaçons ou de fausses œuvres.
Son attirance personnelle pour le Japon remonte à ses études d’Histoire de l’art et des techniques à Paris-Université entre 1963 et 1969 ; elle se rend une première fois au Japon à Shizuoka en 1976 où elle rencontre le peintre Keisuke Serizawa, trésor national vivant, qui lui fait part de son admiration pour le travail de Foujita et lui suggère d’écrire une biographie et de publier les œuvres. Foujita est alors très méconnu du plus grand nombre. Aucun ouvrage ne lui est consacré. Publier un ouvrage sur Foujita du vivant de sa dernière épouse était un challenge impossible. Avec son époux Dominique Buisson, elle va relever ce défi.

2018, interview au musée Maillol pour NHK TV, Paris
À Tokyo et en province, entre 1976 et 1987, ils voyagent et étudient le sens des esthétiques traditionnelles – architectures profanes et sacrées, rites des sociétés, arts décoratifs, évolution de la peinture et de la sculpture des origines au XXème siècle – et bien sûr leur rapprochement avec l’Occident. La pratique du Shodô, calligraphie, des éléments fondamentaux de la langue japonaise ainsi que de nombreuses visites à la famille de Foujita, ses neveux et ses nièces, la guident de plus en plus sur les pas du grand artiste moderne du Japon. Elle avance en terrain vierge pour recueillir le maximum d’informations et de documents qui vont lui permettre de publier avec Dominique Buisson, son époux, une première biographie en français et, pour avoir pu observer de nombreuses œuvres originales, d’entamer leur classement dans un premier volume Catalogue Raisonné de l’Œuvre.
L’éditeur Joseph Foret et sa femme, Georges Prade et sa femme Jeanne-Paule, Béatrice Taittinger et l’entourage de René Lalou à Reims, Paul et Gilbert Pétridès et le personnel de leur galerie à Paris, Monique Lucas, fille de André Romanet, l’entourage de Jeanne Bernard, vendeuse à la galerie Chéron à Paris, les familles Ashihara, Fujita et Tokita, les neveux de la fiancée Tomi, ainsi que les galeries japonaises Tamenaga, Nichido-Hasegawa et bien d’autres personnalités qui, dans le monde entier, ont connu Foujita, notamment en Espagne, en Argentine, en Angleterre et aux États-Unis, lui ouvrent leurs portes, leurs archives et témoignent afin que Foujita sorte définitivement de l’ombre depuis sa disparition en 1968.
En 1987, elle cosigne avec Dominique Buisson, agrégé en Arts plastiques et spécialiste du Japon, son époux, le 1er Volume du Catalogue Général Raisonné de l’Œuvre de Foujita où sont reproduites 1180 œuvres (peintures, dessins et gravures).
La publication du Volume 1 du Catalogue Général Raisonné de l’Œuvre de Foujita, autorisée par décision de justice en 1987, fait jurisprudence dans ce domaine ; elle s’est poursuivi par le Volume 2 et 3, publiés en 2001 et 2007.
Aujourd’hui, un 4ème Volume est en cours de correction.

Commissaire d’exposition, conférence au Musée Pouchkine
En 1989, Sylvie Buisson rejoint l’UFE et poursuit le recensement des œuvres publiées dans les 2ème et du 3ème Volumes du Catalogue parus en 2001 et 2007. (Le volume supplémentaire, actuellement en chantier, permettra la publication d’autres 800 œuvres et de documents d’archives inédits.)
Plus de 7000 œuvres authentiques (y compris les différents états des gravures et illustrations pour l’édition) sont actuellement incluses dans les archives de l’expert en provenance de collections privées et de collections publiques situées dans le monde entier.
Il est à noter que la recrudescence des contrefaçons, attisée par un marché de l’Art très dynamique en Asie, aurait de quoi ternir l’aura de Foujita si la constante surveillance de l’expert et de son équipe ne veillait à les détecter et à les bloquer.
Depuis 2015, Sylvie Buisson est assistée dans son rôle d’expert et d’archiviste de l’Œuvre de L.-T. Foujita par son fils, Casimir Buisson, restaurateur de peintures [diplomé en 2001 de l’Institut d’art -Palazzo Spinelli à Florence (Italie)]. Elle lui transmet le process de son expertise et ses archives.
Pour obtenir un premier avis sur l’authenticité d’une œuvre, il est recommandé de joindre à un mail circonstancié des clichés numériques – haute définition (face, dos et cotés), des éléments de provenances, un historique si possible et les dimensions. La réponse est rapide.
L’artiste Fujita Tsuguharu 藤田 嗣治 Léonard Foujita (Tokyo 1886 – Zurich 1968)
Sa production est considérable, plus de 6000 œuvres originales, de nombreuses gravures et illustrations, des créations sur métal, bois et tissu. En lui fusionnent les arts de la Chine, le Japon, l’art gothique, de la Renaissance italienne et française, la peinture flamande et espagnole, notamment…
Son érudition servie par une soif de modernité, hors du commun au Japon à son époque, lui permet de jongler aisément entre les cultures de son pays d’origine, le Japon, et de son pays d’adoption, la France, entre l’Orient et l’Occident, terres qui le fascinent, pour inventer, savamment, son propre langage et son Œuvre.
Rénovant en quelque sorte le Japonisme en Occident, on peut lui attribuer un Second Japonisme qui va marier l’image de Paris au Japon.
Sa modernité est indéniable.
Il jette un pont entre les cultures, les continents, reste fidèle à lui-même, se présente comme un citoyen du monde, un artiste toujours et sous toutes les latitudes s’affichant comme un être singulier, original et charismatique.
« Seule la force de l’art dépasse les barrières de langue et de croyance, elle dépasse les frontières et œuvre pour la paix », écrira t-il. Une déclaration d’amour global qui se révèle toujours aussi pertinente aujourd’hui.
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Selon l’entreprise française de cotation du marché de l’art, Artprice,
Les œuvres de Tsuguharu-Léonard Foujita se vendent principalement sur les marchés français, japonais, américain, chinois à Hong-Kong et à Taiwan. La catégorie artistique la plus recherchée par les collectionneurs est la peinture (67% contre 28% pour les dessins et aquarelles).
En 2023, le record de ventes de Tsuguharu- Léonard Foujita (1886-1968) est décerné à l’huile sur toile intitulée “La fête d’anniversaire” réalisée en 1949 vendue plus de 6,9 millions d’euros / 8 millions d’euros avec les frais, lors d’une vente aux enchères organisée à Londres par Bonhams en octobre 2018.
Exemples de prix par catégorie pour des œuvres de Tsuguharu-Léonard Foujita selon Artprice :
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Catégorie |
Estimation moyenne* |
Estimation haute** |
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Peinture |
162.143 € |
6.959.063 € |
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Dessin & Aquarelle |
16.832 € |
950.523 € |
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Estampe & Multiple |
2.751 € |
*Estimation moyenne en 2023. **Prix le plus élevé réalisé par catégorie.
Les expositions personnelles ou collectives auxquelles Tsuguharu-Léonard participe tout au long de sa vie expliquent en partie sa côte et le prix de ses œuvres sur le marché de l’art international.
La reconnaissance de Tsuguharu-Léonard Foujita par les institutions muséales atteste de la qualité et de l’importance de son travail.

En décembre 2009, signature du Catalogue Raisonné de l’Œuvre de Foujita (volume 1 et 2) chez Christies, Paris.
Bibliographie
Ouvrage de référence / « Catalogue Général Raisonné de l’Œuvre de Foujita » :
• Sylvie et Dominique Buisson, « Foujita, sa vie, son œuvre » – Volume 1 du Catalogue Général Raisonné, ACR Éditions, Paris 1987.
• Sylvie Buisson, « Tsuguharu-Léonard Foujita » – Volume 2 du Catalogue Général Raisonné, ACR Éditions, Paris 2001.
• Sylvie Buisson, « Foujita Inédits » – Volume 3 du Catalogue Général Raisonné, À l’encre rouge-Éditions Fondation Nichido-Archives artistiques, Paris 2007.
• Sylvie Buisson (annotations ) « Georges Grosjean raconte son amitié avec Foujita » (récit de Georges Grosjean, grand reporter en Asie, ami intime de Foujita, avec un abondant appareil de notes par Sylvie Buisson) Éditions Paradox, Paris 2018
à paraître :
• Sylvie Buisson et Casimir Buisson, « Tsuguharu-Léonard Foujita » – Volume 4 du Catalogue Général Raisonné, ACRB, Paris, avec la participation de la Fondation Nichido, Japon.
Catalogues des principales expositions monographiques en France, au Japon et en Espagne / Sylvie Buisson, commissaire
-Sylvie Buisson et collectif, « Foujita, commémoration du centenaire de sa naissance », Art Life, Tokyo 1986
-Sylvie Buisson et collectif, « Foujita, Youki et Desnos, un amour surréaliste », Éditions des Cendres/Musée du Montparnasse, 2001.
-Sylvie Buisson, Foujita, « Le Maître japonais de Montparnasse », Éditions du Musée du Montparnasse/Mairie de Dinard, 2004.
-Sylvie Buisson et collectif, « Foujita, entre Orient et Occident », Banca Caja Valencia et Museo diocesiano de Barcelone, 2005
-Sylvie Buisson et collectif, « Léonard Foujita », Curators Inc. Art & Architecture, Japon 2008-2009
-Sylvie Buisson, « Foujita et ses amis du Montparnasse », Alternatives/Gallimard, Éditions du Conseil général du Loiret, Orléans/Château de Chamerolles, 2010.
-Sylvie Buisson et collectif, « Léonard Foujita et Paris 1913-1931 [Le centenaire de son arrivée à Paris-Paris accueille et glorifie Foujita] », Brain Trust Inc., Japon 2013
-Sylvie Buisson et collectif, « Léonard Foujita et Jules Pascin – artistes de la grande aventure de Montparnasse », Musée Pouchkine, Moscou 2015
-Sylvie Buisson et collectif, « Léonard Foujita et ses modèles », Curators Inc. Art & Architecture, Japon 2016-2017
-Sylvie Buisson et collectif, « Foujita : Peindre dans les Années folles », Culturespaces, Fonds Mercator, 2018.
– Sylvie Buisson, Catalogue de l’exposition itinérante dans 5 musées du Japon, de février 2024 à novembre 2026 , intitulée « Les 7 passions de Foujita », produite par BRAIN-TRUST INC LTD. Commisssariat : Sylvie BUISSON, avec la participation de Casimir BUISSON et de Midori YANAI, historienne d’art, ancien conservateur du Musée Meguro, à Tokyo.
Contacter
Sylvie BUISSON
Paris
+33 (0)6 76 35 79 46
sylv.buisson@orange.fr
www.foujita.org
[numéro UFE : 346]