Bertrand Puvis de Chavannes

Bertrand Puvis de Chavannes

Cinq questions à Bertrand Puvis de Chavannes 

Arrière-petit-neveu de Pierre-Cécile Puvis de Chavannes, peintre d’origine lyonnaise, précurseur du Symbolisme, Bertrand Puvis de Chavannes en est l’expert depuis quinze ans. Au deuxième semestre 2019, il a rejoint l’UFE.

 

 

Pierre Puvis de Chavannes, Le Bois sacré, terminé en 1889 - Grand amphithéâtre de la Sorbonne, Paris

Pierre Puvis de Chavannes – Le Bois sacré  – Partie centrale de la peinture allégorique terminée en 1889 – Grand amphithéâtre de la Sorbonne, à Paris © Ufe, Paris

 

 

Comment êtes-vous devenu l’expert de Pierre Puvis de Chavannes ?

Bertrand Puvis de Chavannes. Depuis les années 70, une universitaire américaine a entrepris d’établir un catalogue raisonné. Sa documentation semblait d’autant plus importante qu’elle sut butiner des informations auprès d’autres chercheurs, dont j’étais déjà. L’idée était de collaborer de façon à faire un catalogue raisonné digne de ce nom. Or les demandes d’informations que moi ou d’autres réclamaient étaient systématiquement sans réponse. En 1994, cette universitaire fut commissaire d’une exposition Puvis de Chavannes à Amsterdam dont le catalogue comportait un si grand nombre d’inexactitudes que je décidai de créer le Comité Pierre Puvis de Chavannes, afin de prévenir les incompréhensions que pourrait provoquer un catalogue raisonné raté… Les craintes étaient fondées : ainsi, lors de la parution de ce catalogue, Dominique Lobstein insiste aimablement dans La Tribune de l’Art  sur  les nombreuses réticences que soulèvent les choix de l’auteur…

Le Comité Puvis de Chavannes représente quatre-vingts ayants droit du peintre. Louise d’Argencourt, ancienne conservatrice du musée d’Ottawa, en est la vice-présidente. Nous ont rejoint d’incontestables connaisseurs de l’œuvre comme Serge Lemoine, ancien président du musée d’Orsay, François Blanchetière, conservateur du musée de Tours, Dominique Lobstein, commissaire de nombreuses expositions.

Je suis très régulièrement consulté par les héritiers, les marchands, les institutions, les experts généralistes, les commissaires-priseurs, les collectionneurs pour des estimations ou des authentifications.

Quelles sont pour vous les qualités d’un bon expert ?

B. P. C. L’expert, armé d’une très bonne connaissance de l’œuvre, doit comprendre et analyser le cheminement intellectuel de l’artiste, sa démarche, son intention. Ce qui suppose une grande familiarité avec l’époque dans laquelle il vécut, sa biographie, ses goûts, ses choix politiques… Mais aussi avec ses outils et son environnement de travail : le type de châssis ou de toile qu’il utilisait, ses fournisseurs… Bien entendu, l’expert aura une familiarité avec les moyens techniques modernes pour y avoir recours quand c’est nécessaire.

Quelle est la spécificité de l’expertise de Puvis de Chavannes ? Il a produit peu d’œuvres, essentiellement de grand format, destinées à des institutions et donc déjà connues…

B. P. C. Il a réalisé un relativement petit nombre de peintures de chevalet, souvent à la demande de Durand-Ruel, son marchand. L’essentiel de son temps fut consacré aux grandes décorations, le plus souvent commandes de l’État, à Paris, Lyon, Marseille, Lyon, Poitiers, Rouen et Amiens. Elles ont nécessité beaucoup de travail en amont. Il existe beaucoup d’esquisses, de versions préparatoires de qualité inégale… Au total, on compte aujourd’hui environ cinq cents peintures. Auxquelles il faut ajouter des milliers de dessins. C’est principalement sur ces œuvres que s’exerce l’expertise, puisque l’œuvre peint est pour l’essentiel connu.

Quelles sont les difficultés principales que rencontre l’expert ?

B. P. C. Elles portent surtout sur les dessins, généralement liés aux grandes décorations. Pour les authentifier, si le trait semble bien celui du peintre, il faut souvent pouvoir les rapprocher de l’une ou l’autre des peintures de Puvis, même quand ils n’ont qu’un rapport lointain avec l’œuvre finale. On doit aussi les mettre en relation avec d’autres dessins pour identifier des détails communs ou voisins. Cela nécessite beaucoup d’expérience et la constitution d’une bonne documentation. J’ai déjà archivé et répertorié environ 3 500 dessins …

Un très beau dessin peut atteindre 80 à 100 000 euros… Malheureusement, il y a un nombre important de faux en circulation. Environ un sur deux de ceux qu’on me présente. Il n’est pas très difficile de tromper des amateurs qui connaissent mal l’œuvre avec des dessins XIXe rebaptisés « Puvis de Chavannes’’. Il existe aussi de faux cachets… Souvent, j’identifie ces faux dès la photographie.  Pour d’autres, je dois les examiner. Le fait que je sois consulté par les experts et les commissaires-priseurs permet d’éviter que ces faux passent en vente publique. Si je suis consulté après une vente, alors oui, cela complique la vie de l’acheteur !

Qu’attendez-vous de l’UFE ?

B. P. C. Quand on exerce un métier comme le nôtre, les échanges et rencontres avec d’autres professionnels sont toujours enrichissants. C’est l’occasion de confronter des expériences, des démarches différentes. Puisqu’en France les experts peuvent être aussi marchands, il existe chez eux une seconde approche, notamment parce qu’ils ont aussi comme objectif de faire monter la cote de l’artiste. J’espère enfin que ma présence au sein de l’UFE permettra de faire mieux connaître l’existence du Comité Pierre Puvis de Chavannes et me donnera l’occasion de découvrir des oeuvres inédites !

 

Entretien réalisé par Hervé Labrid, secrétaire général de l’UFE